Pourquoi avoir choisi une Citroën ?
Le cheminement de la conception d'OSÉE a commencé en 1990 par différents croquis servant à réfléchir, à chercher la route pour s'approcher de Citroën d'une manière originale, mais en accord avec l'univers formel et technique de la Firme française.
Le choix du type de voiture peut surprendre : OSÉE présente un concept d'extrême sportivité, à moteur central, à trois places.
Eh bien, c'est précisément cela qu'on désirait : surprendre, et cette décision allant à contre-courant s'appuie sur un certain nombre de réflexions et de raisons bien précises.
Il est vrai que, d'une part, l'extrême sportivité n'est pas un trait saillant des voitures Citroën, qui sont plutôt liées à une image d'innovation technique, de confort, de la fonctionnalité, de la convivialité. Toutefois, il a semblé juste que ces concepts soient explorés directement par la Firme, comme cela s'est toujours produit grâce aux concepts cars de son centre créatif, alors que l'apport d'un outsider total, comme l'était Pininfarina au début des années 2000, pouvait plutôt s'orienter dans une direction évitant de croiser les pistes de développement prévues par le constructeur, mais en parcourir de différentes et ouvrir des portes closes au lieu d'encombrer des portes déjà ouvertes.
D'autre part, que peut-on s'attendre d'un designer comme Pininfarina si ce n'est quelque chose qui fasse rêver, qui apporte une valeur ajoutée d'émotion et de désir ?
Ce sont donc là les motivations d'un choix surprenant, qui a constitué pour Pininfarina un grand défi de design.
Il s'agissait, en effet, de transposer les caractères Citroën sans les trahir, bien au contraire en les faisant ressortir à l'extrême, sur un concept complètement atypique et loin des stéréotypes de la marque et de son histoire.
Un certain nombre de caractères forts de volume et de surface ont été repérés sur des modèles comme la CX, la DS et la sportive SM, qui, à part le fait de représenter une valeur historique et culturelle de la marque, constituent des références fondamentales pour le design automobile moderne :
- rapports de volume exacerbés, liés à l'architecture mécanique présentant un grand capot/aile avant et l'habitacle très déplacé vers l'arrière;
- surfaces lisses, simples et tendues, animées par des lignes directrices nettement lisibles ;
- section pointue au centre du capot ;
- lignes descendantes vers l'arrière ;
- partie frontale continue avec des prises d'air à demi-cachées
Légèreté, dynamisme, amitié...
Citroën veut dire légèreté, dynamisme, amitié, veut dire l'eau qui s'écoule, le vent qui souffle, quelque chose qui passe, qu'on entend et qu'on ne peut pas saisir, presque un esprit immatériel.
Citroën veut dire la France, veut dire génie créatif, logique fonctionnel, cartésien et en même temps poétique, sans dimension temporelle.
Récapituler toutes ces idées, ces concepts, ces sensations dans une forme accomplie qui les expriment de manière immédiatement perceptible, c'est là le pari de toute étude de style : en dessinant OSÉE l'ensemble des inspirations a mené Pininfarina sur un territoire encore inexploré.
OSÉE : telle qu'elle est
Pininfarina a choisi une architecture à moteur central longitudinal (6 cylindres, 3 litres de cylindrée accouplé à une boîte de vitesses à commande électrique), afin de faire ressortir clairement le détachement total avec les plates-formes et les typologies de voitures de l'univers Citroën de 2001, ce qui rendait plus libre de pousser à l'extrême la recherche en termes de volume.
Pour souligner l'objectif de l'exploitation de l'espace, dans ce cas la largeur, un intérieur a été étudié pour trois personnes, le pilote se trouvant au centre dans un position avancée et les passagers aux côtés, assis plus en arrière.
Pour souligner l'objectif de l'exploitation de l'espace, dans ce cas la largeur, un intérieur a été étudié pour trois personnes, le conducteur se trouvant au centre dans une position avancée et les passagers aux côtés, assis plus en arrière.
La disposition rappelle le 'chevron' Citroën : une coïncidence qui permet également de décaler les passagers et de récupérer, par conséquent, l'espace transversal, avec le pilote qui ne souffre pas, comme d'ordinaire, de l'encombrement des passages de roues.
Enfin, pour rendre plus aisé l'accès à la place centrale, toute la partie supérieure de l'habitacle a été rendue mobile.
Cette solution, jamais réalisée en série, augmente l'impact visuel de la voiture de rêve et rend hommage sur le plan idéal aux nombreux prototypes qui l'avait introduite au cours des années Soixante.
Les porte-à-faux sont très courts, les roues 'en coins' donnent à la voiture une impression de grande compacité et de stabilité.
L'empattement long (2.650 mm) et la position avancée du pare-brise confèrent à la voiture des proportions très inhabituelles.
Les surfaces sont lisses, simples et tendues, et animées par des lignes directrices nettrment lisibles.
Ces indications constituent le cadre de référence du projet : la philosophie de la marque, les stylèmes historiques 'forts', l'architecture de la voiture et sa géométrie. Toutefois, l'équipe de design de Pininfarina visait un autre objectif fondamental.
Une firme de design indépendante affronte les projets dans un esprit différent des designers des firmes automobiles.
La capacité de ces derniers consiste à interpréter et à développer, dans le temps, le style de la marque à travers ses modèles.
L'habilité de l'indépendant consiste, par contre, à élaborer, selon sa vision esthétique et créative, des formes spécifiques pour les différentes marques pour lesquelles il travaille. Et il est d'autant plus fort que sa vision personnelle s'adapte et met en valeur les caractéristiques de chaque marque différente.
La voiture de sport dans une optique Citroën
A moins d'une année de distance de la réalisation d'un prototype de recherche comme la 'rossa', conçu sur mesure de l'image Ferrari et donc agressif, complexe, plastique et musclé, Pininfarina a voulu affronter le thème de la voiture de sport extrême dans une optique Citroën, donc entièrement différente: épurée, sobre, mais pouvant se ramener, elle aussi, parfaitement à la vision esthétique de base Pininfarina.
Les rapports de volume exacerbés, liés à l'architecture mécanique présentent un grand capot/aile avant et un habitacle très déplacé vers l'arrière.
La section pointue du capot, large et court, d'où nait le pare-brise, a une coupe continue qui arrive jusqu'au toit.
Le caractère d'OSÉE naît des proportions et d'un certain nombre d'éléments forts de design. L'empattement long, les porte-à-faux inexistants, l'habitacle déplacé vers l'arrière constituent, dans leur ensemble, des éléments à fort caractère.
La proportion inhabituelle du flanc de la voiture est traitée comme caractère esthétique fort, sans aucune tentative de dissimulation, avec une ostentation de l'excès, sans masquage.
Par contre, les surfaces qui habillent ces proportions sont simples, pures: elles s'appuient sur trois cintres longitudinaux, l'un au centre et deux sur les côtés, qui les tendent de l'intérieur comme les ailes d'une toile d'un biplan.
La collection de stylèmes historiques forts de la marque Citroën a servi de guide pour définir les lignes directrices du style et a permis d'harmoniser le projet, son architecture et sa géométrie, avec la philosophie de base, l'inspiration idéale de la mission Citroën.
Le cintre central crée une 'épine dorsale' optique qui va du double 'chevron' de la partie avant à travers l'habitacle jusqu'à la partie arrière, presque un renvoi à la carrosserie 'bateau' par une forme à poupe de barque.
La partie latérale est délibérément lisse, sans mouvements ajoutés et éléments de sculpture qui en troublent ou en interrompent la présence.
Les surfaces lisses, la partie avant légèrement en pointe, le volume du flanc qui descend vers l'arrière sont des traits caractéristiques de DS et SM, les modèles de référence du design Citroën moderne.
La partie avant présente une section arrondie qui raccorde avec continuité le dessous et le dessus de la voiture.
La prise d'air est symbolisée par de minces fentes qui partent du logo Citroën au centre de la voiture. Une seconde prise d'air est mimétisée dans la partie basse selon les meilleurs traditions de la marque.
La surface continue et arrondie de la partie avant évoque protection et souplesse plutôt qu'agressivité tranchante.
Les groupes optiques triangulaires accompagnent l'allure du logo et soulignent la construction de la voiture par lignes longitudinales.
Le pare-brise, d'une coupe continue arrivant jusqu'au toit, naît du capot large et court.
Des premiers dessins à la version définitive
Sur un des dessins initiaux, le bord du toit transparent s'achevait par une fente qui alimentait la prise d'air du moteur. La surface du toit qui continuait horizontalement en se contracurant en plan donnait lieu à un volume vertical à arrête, qui constituait un autre élément fort de la voiture.
Sur la version définitive, on a conservé des vastes surfaces qui s'élargissent vers l'arrière et se raccordent au toit.
Sur la surface du toit sont aménagées des sorties d'air du compartiment moteur qui continuent l'allure à flèche de la découpe du toit transparent, répétant dans la vue en plan, le motif du 'chevron'.
Pour rendre plus aisé l'accès à la place centrale, toute la partie supérieure de l'habitacle a été rendue mobile.
L'entrée dans la voiture se fait en soulevant la superstructure toute entière grâce à un système hyfraulique actionné par télécommande.
L'intérieur renvoie aux mêmes thèmes : les pionniers de l'air, les matériaux, l'épine dorsale centrale.
Les trois passagers sont assis en triangle, pour rendre plus aisée l'utilisation de l'espace transversal au dos.
S'agissant d'une voiture de sport pure, le caractère central non seulement physique, mais idéal également, de la place du conducteur a été évidemment souligné.
Le conducteur est assis sur une coquille très essentielle fixée à la voiture.
Volant et pédalier sont réglables.
Les sièges latéraux, décalés, sont traités de manière 'mimétique' par rapport au reste de l'environnement.
La planche de bord est formée d'un élément tubulaire qui traverse la voiture et auquel sont agrégés les éléments fonctionnels. Sur cette structure métallique est tendue une surface textile (voile ou aile) qui rappelle de manière visible la philosophie toute entière du design.
Le cahier des charges prévoyait, comme choix très précis, le détachement complet de l'architecture d'OSÉE de n'importe quelle Citroën de l'époque.
La conséquence en est, donc, que le châssis spécifique a été construit expressément pour intégrer deux éléments fondamentaux de la Citroën, le moteur six cylindres de trois litres de cylindrée et les suspensions hydractives de troisième génération, qui représentaient à l'époque de la réalisation de ce projet l'élément le plus fort d'unicité de Citroën et, dans cette voiture, elles réalisent deux objectifs :
- l'aérodynamisme actif, modifiant la géométrie de la voiture en fonction de la vitesse et de la déportance exigée ;
- le 'vol à dix centimètres du sol', c'est à dire la conduite sportive en absorbant complètement les irrégularités de la chaussée.
Il est important de souligner que cette caractéristique, à savoir la perception de presque détachement du sol, de simulateur de vol, rendue possible grâce à l'adoption des suspensions hydractives également pour une voiture aux hautes performances, peut constituer la grande qualité et la vraie particularité d'une véritable sportive Citroën, telle que Pininfarina l'a imaginée.